Digne succésseur d'Eugène Craddock, TPAG distile une musique Blues/Rock brute de fonderie. Elevé au Rock des années 50, ce groupe au nom emprunté à Gabin et autre Audiard vient d'empocher le prix Sacem 2005. Aller gègène, dis bonjour au micro !


Ludo, ton 1er groupe portait le nom d'un célèbre Rocker des année 50, disparu prématurément. Parles nous d'Eugène Craddock.
Eugene Craddock était effectivement le véritable nom de Gene Vincent. On trouvait ce nom amusant et il faisait en même temps référence à une certaine musique sans pour cela être trop parlant. Ca suscitait d’ailleurs pas mal de questions de la part de notre public de l’époque. On reprenait principalement des standards anglo-saxons qui allaient des années 50 aux années 70, dans un registre blues, rock, rythm’n’blues. Après avoir malgré tout un franc succès auprès de notre entourage et lors des concerts, le groupe s’est finalement disloqué par manque de maturité et manque de projets, mais ça a été une belle expérience qui nous a appris que faire perdurer un groupe n’est pas chose facile.

On se souvient de Gabin, Ventura, Audiard, dans les années 50. Pourquoi Touchez pas au grisbi ?
Tout comme on a tous nos références musicales on a aussi nos repères cinématographiques. Le cinéma d’Audiard, c’est à la fois la représentation d’une époque et aussi un état d’esprit. On aime entrer sur scène en jouant un peu des personnages, jouer les durs sans se prendre au sérieux. On cherchait un nom de groupe qui ne soit pas une référence trop flagrante à un style de musique et qui ne fasse pas non plus prétentieux. Finalement, l’allure de gangsters que nous donnent parfois nos costards sur scène, a un peu guidé notre inspiration.

TPAG existe maintenant depuis quelques années. Quel a été son parcours jusque là ?
Il y a 2 ans et demi, Péo et moi étions les seuls rescapés de l’ancien groupe. Toujours animés par cette même envie de jouer, on cherchait un bassiste qui joue bien sans avoir la grosse tête. Par le biais d’une petite annonce tout à fait honorable, nous avons rencontré Goran. Il était celui qu’il nous fallait. Le groupe a donc vu le jour sous la forme d’un trio dans un premier temps. Puis Gilles, qui intervenait occasionnellement au départ, est venu s’intégrer naturellement au reste de la troupe. A l’époque, on a commencé à travailler un répertoire de reprises. Ca tournait bien mais on s’est très vite rendu compte qu’on était tous animés par la même envie de créer notre propre musique, avec nos propres textes. Chacun avait dans son coin quelques ébauches qui n’avaient jamais vu le jour. Goran a apporté la première compo « Les Bandits », puis les autres ont suivi dans la foulée. Donc, assez rapidement, nos morceaux sont venus s’insérer dans le répertoire. C’est ce qui a vraiment contribué à donner une identité au groupe, et c’était en même temps très motivant. On a commencé à trimballer notre attirail dans tous les endroits où il nous était possible de jouer, entraînant avec nous un petit public de fans et amis. Mais il nous fallait évoluer, et la création du site Internet, fin 2003, était le meilleur moyen pour nous faire connaître un peu, élargir notre public et le enir informé de notre actualité. Par la suite, notre ralliement à la « chaîne du Blues » nous a vraiment permis de nous insérer dans le petit monde du blues francophone, de faire découvrir notre univers et partager notre musique avec des amateurs de blues sur toute la France, et surtout de faire beaucoup de rencontres. De fil en aiguille, nous avons été amenés à participer au tremplin « Blues sur Seine » grâce auquel nous recevront le prix spécial Sacem 2005. Parallèlement à ça, on continue à écrire, composer et enregistrer les futurs morceaux à inscrire sur un album, et à jouer tant qu’on peut. On est pris d’une boulimie de création. Je ne sais pas ce que nous promet la suite mais je pense que le meilleur reste à venir. On est tout juste rodés.

Etes vous satisfait de cette première période ?
Oui car le groupe a vraiment évolué durant ces 2 années, tant par le jeu que la présence sur scène ou par ce qu’on a réussi à créer ensemble. Avec du recul, quand on analyse notre parcours, on se dit que c’est finalement pas si mal, même si on est peut être encore un peu loin du jour où les tourneurs viendront gratter à notre porte pour noircir nos agendas.

Peux tu nous faire visiter le monde des musiciens du groupe.
Pour résumer un peu, on est tous tombés dans la musique étant petits, et on n’en est jamais ressortis. On a donc ce point commun qui nous a rassemblé, mais on est tous très liés et on partage beaucoup de choses en dehors de la musique. Il y a aussi un lien familial car Gilles n’est autre que mon neveu. Concernant notre travail groupe, on n’est pas des génies ni des besogneux acharnés et on n’aime pas se prendre au sérieux, mais on est tous enflammés par la même passion et si le groupe tient toujours solidement la route, c’est que chacun s’est beaucoup investi personnellement dans cette aventure. Péo s’est découvert des talents de webmaster en créant notre site qu’il met à jour régulièrement tandis que j’écris les news et les chroniques et me charge de toute la partie graphique (affiches, pochettes, flyers…). Goran, chez qui ont enregistre une partie de nos morceaux, nous fait profiter de son expérience de l’enregistrement et des arrangements. Gilles et moi échangeons beaucoup d’idées sur la mise en scène des concerts. On est donc autodidactes et auto-produits à tous points de vue, les rois du « Do it yourself ». On n’est pas encore dans les petits carnets des producteurs mais on ne désespère pas.

Votre répertoire est composé de Rock, Rockabilly, Rock sudiste, Blues. Comment sont déterminés les morceaux, quels sont les critères de choix ?
On ne choisis pas, ça vient tout seul. On essaye juste de ne pas tomber dans les clichés, et même si certains de nos morceaux sont parfois très inspirés, on y ajoute à chaque fois notre touche personnelle. On ne va pas réinventer le blues et le rock’n’roll, ça a déjà été fait. On essaye de faire en sorte que nos morceaux soient assez différents les un des autres, tout en gardant un même esprit et une même fibre musicale. A noter qu’en dehors de la musique elle-même, nous sommes aussi très attachés au textes, qui sont parfois déterminant quant à la musique qui les accompagne.

Parles nous du travail des compos avec le groupe.
Goran et moi, qui avons écrit et composé une bonne partie des morceaux, travaillons en général, de manière assez indépendante. On écrit individuellement paroles et musiques, sauf pour « La Mob à Bob », où Goran a composé la musique sur les paroles que j’avais écrites. Puis on présente chacun nos morceaux au groupe. On travaille alors tous ensemble sur les structures, les arrangement, la sonorité, jusqu’à ce que le résultat nous convienne. Péo, lui, a beaucoup plus un talent d’auteur que de compositeur. Il nous amène donc régulièrement des textes en nous laissant le soin de travailler sur la musique. Le premier qui se sent inspiré présente son ébauche qu’on travaille ensuite tous ensemble. Jusqu’à maintenant, ça fonctionne plutôt bien. Quant à Gilles, il ne s’est pas encore lancé mais je suis sur qu’il y viendra bientôt car je sais qu’il à une plume bien affûtée. Pour le deuxième album, qui sait…

Dans quelles musiques avez vous baigné étant plus jeune ?
Pour ma part, à peine adolescent, j’écoutais en boucle Elvis, Chuck Berry, Eddie Cochran et toutes les épées qui ont immortalisé le rock’n’roll dans les années 50/60. Cette époque était pourtant révolue depuis longtemps pour pas mal de monde, mais j’ai toujours eu 20 ans de retard sur l’actualité coté musique. Coté francophone, c’était Eddy Mitchell, Renaud ou Bill Deraime et plus tard Paul Personne, ces derniers m’ayant d’ailleurs donné le goût au blues. Je me suis délecté ensuite de Johnny Winter et des bluesmen de la même trempe. La liste serait trop longue… mais je rajouterai quand même un Beatles parmi mes disques de chevets, c’est incontournable.
Pour les autres, je ne voudrais pas trop m’avancer, mais je connais néanmoins quelques détails de leur culture musicale. Gilles, le plus jeune d’entre nous, a eu sa période grunge avec Noir Désir, Alice in chains, Soundgarden ou Pearl Jam, puis s’est tourné vers le blues avec Muddy Waters ou BB King en apprenant l’harmonica, tout en prenant le temps de se faire la collection des albums de Zappa. Péo a pris sa décision de devenir batteur à quinze ans alors qu’il se régalait avec « Sultans of swing » et « Money for nothing » de Dire Straits. Quant à Goran, il est presque à lui tout seul une petite encyclopédie musicale et il serait trop long de citer toutes ses références mais il n’y a que du bon. Toutes les pointures de l’histoire du Rock ont caressé ses tympans. Les Doors, Janis Joplin, Pink Floyd, Led Zepplin… pour ne citer qu’eux. Si on devait étaler tous nos disques de chevets, il y aurait forcément des recoupement inévitables.

Un premier album au compteur, c'est le rêve de tout musicien. Alors, ça fait quoi ?
Le rêve, ce sera quand on aura un petit casier rien que pour nous chez tous les bons détaillants. Mais pour l’instant, on a la rêverie modeste et on est plutôt contents de ce qu’on a réussi à faire en peu de temps et avec peu de moyens. C’est le résultat d’un travail en commun et surtout d’un plaisir partagé. Dommage qu’on soit nés trop tard pour immortaliser tout ça sur un vieux vinyle. Ca aurait eu encore plus de gueule.

Quelles sont vos espérances avec ce 1er CD ?
Ce premier CD est avant tout une sorte de carte de visite, un échantillon de ce que sera l’album final. Il nous a permis de nous faire connaître un peu auprès des amateurs du genre, de donner un peu une vision de l’esprit du groupe. La réalisation d’un album prend beaucoup de temps surtout quand on a peu de moyens. Et comme on ne voulait pas attendre d’avoir terminé un album digne de ce nom, on a diffusé ce premier CD de 6 titres. C’était aussi une manière de tester le public. Jusqu’à maintenant, les réactions ont été plutôt optimistes et unanimes. Ca nous motive d’autant plus pour continuer sur notre lancée.

Comme un heureux événement ne vient pas tout seul, vous allez recevoir le prix spécial SACEM 2005 le 13 novembre. Quelles sont vos réactions à chaud ?
Ca a été d’abord une énorme surprise parce qu’on savait que les candidats étaient nombreux et loin d’être manchots. Pour en avoir vu quelques uns sur scène, on sait que certains n’ont rien à envier aux plus grands. Même si on nourrissait inconsciemment l’espérance de rejoindre le peloton, on ne pensait pas vraiment avoir le profil du vainqueur, d’autant plus que notre musique ne s’inscrit pas dans un registre blues très conventionnel même si elle en est profondément inspirée. On savait que le jury se composait de 16 professionnels de tous poils pour qui n’allaient pas se laisser blueser. Quand on a appris la nouvelle, on a sincèrement été touchés. Ca nous a fait réellement plaisir de constater que notre musique était reconnue et appréciée par des oreilles averties. On ne sait pas ce que ça nous apportera par la suite mais une chose est sure, c’est qu’on sera là le 13 novembre et qu’on ne cachera pas notre joie. On est déjà chauds comme la braise. On a hâte de monter sur scène et d’aller nous mêler à tout ce petit monde.

TPAG a t'il des projets ?
Ce ne sont pas les projets qui nous manquent, ce serait plutôt le temps. D’abord la finalisation de l’album (on est actuellement en plein enregistrement). Le chèque de la Sacem tombera d’ailleurs à pic pour nous permettre d’avancer un peu plus vite et couvrir les dépenses incontournables. Une fois le premier terminé, on attaque le 2ème auquel on pense déjà. En effet, bien que le premier promette d’être bien fourni, on a déjà quelques projets en cours pour le suivant. Nous avons également écrit et enregistré un titre en un temps record pour la compile « cœur de blues » qui devrait voir le jour en janvier. Parallèlement, on aimerait bien commencer à se délocaliser un peu et s’offrir quelques scènes de province. On a donc déjà de quoi occuper nos longues soirées d’hiver.

Le calendrier concerts 2005 n'est pas très étoffé, c'est un choix, un manque de temps ou une réelle difficulté à trouver des dates ?
Si on considère l’évolution depuis la création du groupe, je trouve qu’on s’en sort plutôt bien. Dans les bonnes périodes, en dehors de la période estivale où on a fait « relâche », on tourne en moyenne a 2 ou 3 concerts par mois, ce qui est déjà pas mal pour un groupe de notre trempe, qui n’a pas d’agent, pas d’attaché de presse et pas de tourneur. Il faut savoir que chacun de nous travaille parallèlement car, comme beaucoup de musiciens, et à notre grand regret, notre musique ne nous fait pas vivre. Les choses évolueront sans doute le jour où on pourra se consacrer pleinement à la musique. D’autre part, il est vrai que nous sommes maintenant un peu plus sélectifs quant aux dates qu’on nous propose. Trimballer une tonne de matériel, jouer dans un bar miteux, contre un sandwich et une poignée de dollars, puis remballer le tout, tout ça sans aucune considération du maître des lieux, qui pense uniquement à remplir ses caisses grâce au public qu’on lui apporte, on l’a fait souvent au début mais à force, ça use. Cela dit, quelles que soient les circonstances, une fois sur scène, on déploie toujours la même énergie, ne serait-ce que par respect pour ceux qui ont fait le déplacement pour nous écouter.

On s'aperçoit qu'un grand nombre de groupes a du mal à trouver pour jouer. D'après vous qu'est ce qui cloche en France de ce côté là et que peut on y faire ?
Rien qu’a Paris, on a vu beaucoup de lieus fermer à cause d’un manque de subventions. Et quand on sait la difficulté que représente le fait de tenir une salle en activité, on comprend que les propriétaires préfèrent miser sur des têtes d’affiches qui leur assurent un minimum de public. Ensuite, il reste les bars ou les petites salles sans envergure, mais là encore, il ne faut pas être trop exigeants. Beaucoup ne sont pas équipés, ont peu de moyens techniques et financiers, et sont obligés de respecter certaines règles quant aux nuisances sonores. Il faudrait peut-être donner un peu plus de place à la culture en France. En attendant, les initiatives collectives sont un bon remède. « La chaine du Blues », orchestrée par Mike Lecuyer par exemple, qui contribue à ce que les obscures que nous sommes ne restent pas dans l’ombre, en favorisant les rencontre et en organisant des soirées où chacun peut trouver sa place pour s’exprimer. Les festivals et tremplins offrent aussi ponctuellement un créneau pour certains mais de tels évènements demandent de la part des organisateur une énergie considérable sans toujours être assuré d’être couronné de succès.
Il n’a jamais été dit que trouver sa place dans la musique était une chose facile, mais ce n’est pas ça qui va nous arrêter. Pour la dernière fête de la musique, on a pris un vieux camion, un groupe électrogène et on est partis faire un concert sauvage sans rien demander à personne. J’ai d’ailleurs écrit une petite chronique à ce sujet sur notre site http://tpag .free.fr La musique vivraaaaa… tant que vivra le bluuuuess !

Avez vous pensé à jouer à l'étranger ?
Oui, on y a pensé. Si ça nous offre plus d’opportunités qu’en France, Pourquoi pas ? Un petite tournée d’été en Espagne par exemple… Il paraît que la misère est moins pénible au soleil. Ou pourquoi quelques dates dans des pays francophones comme la Belgique par exemple, beaucoup plus susceptible d’apprécier nos textes en français. Il y a aussi de très bons festivals dans les pays de l’Est, très friands de groupes Français. Le rêve, ce serait une petite tournée au Québec. Si nos cousins Québécois nous entendent… qu’ils pensant à nous. Ils nous envoient bien leurs chanteuses… Enfin, en attendant, avec quelques belles scènes en France, on serait déjà bien contents.

Merci à vous pour ce moment précieux et je vous souhaite une longue carrière ainsi que d'autres récompenses.
Merci à toi et bonne continuation pour ton site. Ravi d’avoir pu partager ce moment. Quand je serai vieux et noir, je serai chanteur de blues.

Propos recueillis par Rémi Charlet le 21 octobre 2005


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